Mon espace CREACCRO ACCROFichier 5 ACCROFichier 5 ACCROFichier 6 Voir plus Play Marker Heure Suivant Précédent Newsletter Facebook Twitter Youtube Linkedin arrow_left_projetsFichier 1 arrow_right_projetsFichier 2 www phone mail linkFichier 1 Arrow header Ordre alphabetique Instagram Laureate Loupe

Explorations des relations entre l’Art, le Design et l’Industrie

retour sur la 9ème édition de l'école d'automne en management de la créativité

Comment naît la relation entre l’Art, le Design et l’Industrie ? Les différentes interventions et tables rondes de cette journée ont permis d’apporter quelques éléments de réponse à cette vaste question. Certains mots-clés reviennent constamment dans les discours : multiculturalisme, dialogue, rapidité, contraintes, bénéfices mutuels. On peut citer en exemple l’entreprise Barrisol, leader mondial du plafond tendu qui a connu 12 révolutions innovantes au cours des 50 dernières années : du « simple » plafond tendu à leader en plafond acoustique, lumineux, climatisé. Les collaborations de Barrisol avec le monde de l’Art sont nombreuses : Ross Lovegrove, André Manoukian, Chantal Thomas par exemple. Celles-ci ont mené ces industriels vers de nouveaux axes de développement et donc de valeur. Ces collaborations traduisent aussi une ouverture d’esprit, sans doute nourrie par les riches partenaires artistiques d’une entreprise restée curieuse d’apprendre et d’échanger, tout en développant son business model.

 

Dans cet environnement, le travail des designers est crucial. Ils se situent souvent à l’interface entre les différents acteurs du monde de l’Art(tisanat) et de l’Industrie. Leur rôle est de véhiculer une idée par un dessin, le tout en moins de 5 minutes ! Il s’agit d’un métier d’échange et de dialogue, un vecteur de communication afin finalement d’être dans l’anticipation constante pour une meilleure appréhension du futur.

 

Tout au long de cette journée, à travers les différents intervenants, de l’Industrie Magnifique (ou la rencontre de l’Art et de l’Industrie au cœur de Strabourg) aux designers et artistes (Tamim Daoudi, Cora François, Benjamin Kiffel, Bénédicte Bach) nous commençons à entrevoir que les rapprochements de l’Art, du Design et de l’Industrie sont d’abord des rencontres de communautés de métiers avec des approches différentes du travail, traditionnellement opposées. Les premiers réflexes ne sont pas les mêmes, il y a une phase d’apprentissage. Toutefois, ces rencontres sont avant tout humaines, se construisant sur la confiance et le désir d’avancer ensemble dans la même direction.

 

Nous retiendrons aussi la question du « métier » du designer : « Quel métier faites-vous ? ». En réalité, la question serait plutôt : « Quels métiers faites-vous ? »…

 

Essayons d’apporter une réponse. Au-delà de réaliser de beaux croquis, un designer réalise surtout un travail de médiateur, il est amené à avoir un point de vue holistique sur un problème afin de collaborer avec d’autres disciplines. Réel passerelle inter-acteurs, il réalise une traduction du problème et des attentes de chacun afin de mieux concevoir la solution avec l’aide des utilisateurs, des industrielles, des artistes… Afin de mieux concevoir les produits de demain, le designer réalise avant tout, un travail humain; c’est de là que naît la créativité! Finalement, ce rôle pivot est proche d’un traducteur, comprendre l’Autre pour co-créer.

 

Au-delà du « choc culturel » de la rencontre et la collaboration de ces trois communautés menant à de belles réussites technologiques ou vers plus de visibilité, c’est une nouvelle dimension qui a été présentée dans cette seconde partie d’après-midi. Deux intervenants, l’une du Malawi : Maria pour People of the Sun, l’autre du Québec : Pierre pour le Quartier Artisan nous ont présenté des projets avec un catalyseur économique et social commun : l’artisanat. Deux situations différentes, des problématiques qui semblent éloignées mais qui peuvent en partie se résumer à une initiative commune : la professionnalisation d’une population rurale. De cette manière, on peut se rendre compte de la portée de la créativité, qui répond avec succès à un enjeu social dans des contextes où on ne les attendrait pas a priori.

 

C’est cette expertise quasi scientifique des artistes et des designers ; de déstabilisation, de disruption, de remise en question que nous avons pu vivre au cours d’un workshop de créativité/design thinking, mis en scène par Maria et Veronika. Cette production en 3 temps, démarra par le détail de nos journées. Par détail, entendons le récit agrémenté de nos petits plaisirs (en rose) et railleries (en bleu) par créneau de 2h. Globalement, peu de bleu, si ce n’est le matin et en fin de journée parfois. De là, nous avons résumé nos activités dans les 12 créneaux de la journée en sketch, exploitant ainsi le mur entier de la salle de conférence de la CCI de Mulhouse. Tout le monde s’est pris au jeu, partageant et comparant ainsi nos difficultés matinales ou encore nos appétences aux tâches ménagères. Dans un deuxième temps, Maria et Veronika ont fait le même exercice, nous décrivant cette fois, le détail de la journée d’un collaborateur de People of the Sun vivant et travaillant au Malawi. Après l’enthousiasme du début de l’atelier, le calme s’immisça dans la salle de conférences. L’étonnement aussi, lorsque l’on apprend que la sauce tomate est une spécialité Malawienne. Pour autant, nous avions encore en tête l’exposé de Maria : une journée au Malawi suit le rythme du soleil, démarre un peu plus tôt pour aller au champ, s’enchaine avec peu de pause. Nous pouvons alors mesurer visuellement, à travers cette fresque de sketchs, l’écart de ces deux trajectoires. Dans un troisième temps, il nous a fallu identifier des propositions des valeurs pour améliorer les journées des collaborateurs de People of The Sun.

 

C’est sans doute cet exercice, qu’ont été amené à faire Maria et son équipe en arrivant au Malawi, qui leur a permis de mieux appréhender le contexte local. En démarrant ce projet, après avoir identifié des compétences en tissages mais aussi un manque de Design, l’initiative a été de sensibiliser et d’enseigner le Design à des artisans Malawiens. Pour aller plus loin, des cours de marketing ont suivi afin que les acteurs locaux aient une vision globale du projet de People of the Sun : stimuler cette nouvelle dimension entrepreneuriale. Le business model semble établi avec une proposition de valeur : produits de qualité et uniques, puisque fait-main, un savoir-faire traditionnel avec des matériaux résistants et cela, dans un contexte de développement économique. Étonnement, l’une des difficultés ne fut pas le manque de ressources mais plutôt le moral des artisans. En effet, cette activité (et non profession) n’est pas forcément socialement bien acceptée au sein de leur communauté et cela avait des conséquences sur la production. Pour People of the Sun, la solution fut de s’intéresser encore plus à eux et de chercher à valoriser la position sociale de l’artisan. Ils mirent alors en place un programme d’enseignements, où les hommes, jusque-là seuls spécialistes du tissage, l’enseignent à tous ou encore des cours de dessin, souvent en comité restreint (one to one skills). De là, les différents process de l’entreprise se sont améliorés.

 

Pour aller plus loin dans cette expérience, au cours de cette riche journée, nous avons choisi de poser quelques questions aux duettistes de l’après-midi, Maria et Veronika, au-delà de leur parcours. Ce qui ressort de cet échange : curiosité, oser, un goût prononcé pour les voyages, suivre son instinct, l’inspiration, l’engagement, comprendre pour challenger, l’empathie évidemment et comme le dit de temps à autre Patrick Llerena : l’ouverture d’esprit est nécessaire !

 

Finalement, on pourrait retenir qu’un petit village d’Alsace peut toucher les toits du monde, même au bout du monde et que du bout du monde, du Malawi, on peut être touché.

 

Anne-Sophie Felten
PhD en chimie organique et Master en Ingénierie des Projets Innovants

 

Arnaud Guérin
Ingénieur de la créativité

 

Christophe Narth
Innov’Acteur

 

Devenir membre CREACCRO